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Le mot de notre marraine : 
Claudie Haigneré

Claudie Haigneré est une scientifique, spationaute et femme politique française, actuellement ambassadrice et conseillère auprès du directeur général de l'ESA. Elle a été la première femme française dans l'espace.

Elle a accepté d'être la marraine d'ISAElles et voici son message. 

" J'ai cette chance extraordinaire d'avoir eu plusieurs vies, mais toujours éclairées par la science et les technologies, au service de la France et de l'Europe. Mon témoignage le plus significatif est sans doute celui de ma carrière d'astronaute, même si j'aurais beaucoup à dire sur les missions d'un ministre engagé ou sur l'intérêt de la fonction de chef d'établissement d'un grand musée de science comme Universcience.


A l'âge de 12 ans, j'ai assisté au premier pas de l'Homme sur la Lune en juillet 1969, voilà qui a déclenché dans ma tête d'enfant l'idée qu'un rêve pouvait devenir possible. Et cela s'est réalisé, en répondant en 1985 à un appel à candidature du CNES recherchant des astronautes scientifiques pour mener à bien un programme de recherche dans les stations spatiales. Médecin rhumatologue, spécialiste de médecine du sport et de médecine aéronautique, j'ai tenté ma chance, et j'ai eu la chance d'être sélectionnée avec 6 collègues masculins parmi 1000 candidats (100 candidates féminines). Après une thèse de sciences en neurosciences et 5 années de recherche dans un labo du CNRS, j'ai pris en charge la programmation scientifique en physiologie et médecine spatiale de l'Agence Française de l'Espace.


En 1992, je suis partie à l'entraînement à la Cité des Etoiles près de Moscou et ai eu la chance de réaliser 2 missions spatiales, l'une de 16 jours en 1996 à bord de la station Mir comme cosmonaute scientifique expérimentateur, l'autre en 2001 à bord de la Station Spatiale Internationale comme cosmonaute ingénieur de vaisseau Soyouz et ingénieur de ISS. Jamais être une femme ne m'a posé problème, je l'ai plutôt vécu comme un atout pour les missions et la constitution des équipages avec qui j'ai volé. Formation identique, entraînement physique identique, missions à très large spectre même avec des "backgrounds" initiaux différents, une formidable aventure scientifique et technologique, mais surtout humaine dans la diversité de nos cultures et de nos formations.


Lors de la sélection de 1985 en France, il y a eu 10% de candidatures féminines. 25 ans plus tard après bien des missions spatiales où les femmes ont exercé avec succès toutes les fonctions (pilote de navette, commandant de station, record de la plus longue EVA...) , lors de la sélection de l'agence spatiale européenne, il y avait seulement encore 10% de candidatures féminines. Il n'est pas étonnant de ne retrouver que 10% d'astronautes femmes parmi les astronautes internationaux. Ce pourcentage est à peine plus élevé dans les passionnants métiers des sciences de l'informatique, la proportion stagne autour de 20% dans de nombreuses filières des sciences de l'ingénieur. Et la lente progression qui a fait suite à la mobilisation de nos aînées (en ce qui concerne les choix d'orientation des études) semble s'épuiser et stagner quand il s'agit de l'engagement véritable dans ces métiers. 


   Clichés à briser, métiers à mieux connaître, confiance en soi à construire, les causes des réticences sont multiples. Mais beaucoup de parcours féminins démentent ces préjugés et il faut promouvoir avec détermination ces métiers avec le bonheur et l'épanouissement qu'ils procurent. La première étape du choix et de l'engagement vers ces carrières ne tient qu'aux jeunes filles elles même. Il n'en est pas toujours de même dans le déroulé de la carrière où l'équilibre vie privée/vie professionnelle n'est pas toujours optimal. Cela n'est toujours pas facile dans l'étape de reconnaissance des carrières et l'accès aux postes de responsabilité, même si la plupart des décideurs ont aujourd'hui conscience d'un déséquilibre appauvrissant dans la diversité et de l'existence d'un plafond de verre. "